Ferdinand a attaqué Bruno à coups de bâton dans la cour de récré, et Bruno y a laissé des dents. Catastrophés, les parents respectifs se donnent rendez-vous pour se parler, et régler le litige à l’amiable entre personnes civilisées. Urbains, bienveillants, conciliants, ils tiennent un discours commun de tolérance, des paroles de paix et d’excuses… qui, peu à peu, tournent au vinaigre. Très vite, le vernis craque et laisse apparaître sous une carapace de bonne éducation, la mauvaise foi, l’égoïsme, le désamour, et la rencontre à l’amiable autour d’une histoire de gamins, devient... un champ de bataille.

Rencontre au sommet entre parents énervés, qui pètent un plomb dès qu’on touche à leur progéniture, leurs habitudes, leurs petites certitudes ou leurs réputations. Le portrait qu’on nous tend n’est pas joli, mais c’est à mourir de rire. C’est la débandade, le chacun pour soi, le conflit ouvert, la catastrophe annoncée. La soirée se termine en carnage, et ce sont nos manières qui se délitent sous la poussée de la ligne de fond de nos pulsions.

À partir d’un tout petit fait divers chez des quadras bourgeois bobos, Yasmina Reza évoque avec jubilation et férocité tous les paradoxes de la condition humaine : la politesse de façade et la brutalité rentrée, le futile et le grave, tout le dérisoire des grandes déclarations altruistes qui s’effondrent à la moindre anicroche. Et surtout sous le vernis, la rage. On se croirait sur les réseaux sociaux.

(Préprogrammation sous réserve de la finalisation de nos accords avec les artistes et les auteurs.)