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DECEMBRE 2017

Bruno Coppens

Bruno Coppens, jongleur d'é-mot-ions




Les images ne manquent pas pour qualifier Bruno Coppens. Jongleur de mots, virtuose de la métaphore, funambule littéraire, voltigeur lexical, ce poète magicien nous propose dans « Bruno Coppens est Loverbooké » un jubilatoire feu d’artifice linguistique. Mais ne vous trompez pas ! Loin des stand-up des humoristes qui inondent la télévision, il nous propose ici de vrais personnages, un rigoureux travail scénique, une scénographie surréaliste, une vraie histoire, alambiquée certes, mais inspirée et nourrie de notre quotidien. Il y a beaucoup de nous dans ce spectacle et chacun s’y retrouvera. 1h30 de délire verbal, de rire intelligent. Un spectacle qui devrait être remboursé par la Sécurité sociale tant on en sort « ragaillardi » et « réjoui » !


À quand remonte votre passion des mots et des jeux de mots ?
À mon enfance. Nous étions 8 à table, 7 garçons et 1 fille, et nous jouions avec les mots. On parlait de l’actualité et on inventait des surnoms à Bokassa, à Giscard d’Estaing. Ça m’a toujours amusé. J’ai vite compris que l’art de faire rire, que j’avais là à portée de main, était un moyen de séduction, une porte d’entrée, un moyen d’acceptation dans un groupe. Ce n’est que plus tard, en voyant Raymond Devos ou Sol (Marc Favraux) à la télévision que j’ai compris qu’on pouvait aussi en faire un métier.

Arrivez-vous à « penser comme tout le monde » ou votre esprit est-il en recherche permanente du « jeu de mots » à inventer ?
Rassurez-vous et rassurez-moi, oui. Mais j’ai dans ma tête quelques neurones qui ne s’occupent que des sons, de la plasticité, de la beauté naturelle des mots. Quand nous communiquons, nous sommes principalement attachés au sens, mais le langage a aussi une beauté sonore, musicale. J’ai donc une oreille qui n’écoute que cela.

Amoureux des mots, il est normal que vous ayez fait « philo-romanes ». Dans le but d‘enseigner ?
J’ai un peu enseigné, mais j’ai détesté l’environnement scolaire dans son aspect « réglementation ». J’ai rapidement compris que j’étais un indépendant. J’adorais le contact avec les élèves ; tout enseignant est un comédien qui s’ignore. Les horaires, le carcan, les programmes, les directives m’empêchaient de profiter pleinement du plaisir de transmettre le savoir à un groupe. J’étais et je reste un électron libre qui s’adapte ponctuellement à des employeurs.

Ce sont des collègues qui vous ont poussé à vous inscrire au Festival du Rire de Rochefort en 1982 ?
Je jouais dans les cabarets-théâtre à Louvain-la-Neuve et ailleurs devant 20, 30 spectateurs et cela me convenait. Je n’imaginais pas pensable de me produire dans un chapiteau de 2000 personnes. Je croyais que le type d’humour qui convenait à ma bulle universitaire était incompatible avec le grand public et le showbiz. Des amis m’ont dit : « Participe à la sélection : c’est dans une petite salle sans public, devant le seul jury ». Convaincu que, si je me plantais, ce n’était que devant une dizaine de personnes, j’y suis allé. On m’a retenu… et je me suis donc retrouvé dans le chapiteau, devant les 2000 personnes. Le choc de ma vie : les rires et les applaudissements fonctionnaient comme une marée humaine. La vague m’emportait et – tels le flux et le reflux – me forçait à reproduire une nouvelle vague de rire. Ça ne m’a plus quitté. 

Votre formation théâtrale ?
Quand j’étais étudiant, j’ai suivi 2 années de stages à la BKT (Brussel Kaaitheater) qui est devenue la Kleine Academie. Loin de l’enseignement classique du Conservatoire, on apprenait à développer le petit personnage qui sommeille en chacun de nous. Je n’ai pas tout compris tout de suite mais j’y ai appris à développer les énergies, les ondes à propager pour entrer en contact avec le public : une donnée essentielle au théâtre puisque c’est le public qui fait la réussite du spectacle.

Raymond Devos a eu une importance dans votre vie, mais vous êtes plus proche de Sol car, comme lui, vous « tordez » les mots ?
Sol est ma référence suprême. Je l’avais vu à 18 ans. Ce fut comme s’il me donnait la permission de trafiquer, de détourner les mots. Je l’ai rencontré une première fois à Louvain-la Neuve et l’on a beaucoup partagé à propos de mes textes. Ensuite, on s’est revu plusieurs fois au Québec, de vrais contacts humains. Devos, que j’ai rencontré également, était aussi très humain mais il vivait dans sa bulle. Il est venu me voir, a cerné les forces et les faiblesses et me les a confiées comme un artisan qui observe un autre artisan dans la même discipline que la sienne. Mais ce ne sont pas mes seuls maîtres : pour l’écriture, j’ai aussi Jacques Prévert et Boris Vian qui accordent beaucoup d’importance à l’oralité de leurs poèmes.

Comment se construit un spectacle comme celui que vous présentez au Théâtre Le Public ?
J’ai la chance d’avoir un metteur en scène, Eric De Staercke, qui me connait bien et en qui j’ai une totale confiance. J’arrive avec plein de textes, mais je n’ai pas de trame. Eric sent très vite le chemin à tracer pour relier tout cela de telle manière que cela devienne le parcours de quelqu’un d’aujourd’hui qui parle des problèmes d’aujourd’hui. Je lui donne les pièces ; il réalise le puzzle.

Vous privilégiez le seul en scène, mais vous n’avez pas toujours été seul : dans « Le marchand de fables va passer » par exemple.
J’ai en effet produit ce spectacle et je me suis rendu compte que, sur scène, j’étais spectateur. Les partenaires étaient tellement fabuleux que je les regardais jouer. Mais faire tourner un spectacle « collectif » est évidemment bien plus compliqué qu’un seul en scène, ne fût-ce que dans la constitution du calendrier de représentation. De plus, je devais continuer à faire vivre mes seuls en scène qui m’entraînaient à travers toute la francophonie. Il a fallu choisir.

Dans un seul en scène, votre partenaire c’est le public et vous ne manquez pas de le faire participer ?
C’est indispensable. J’ai envie de passer la soirée, comme on la passe avec des amis. Mes spectacles sont des matchs de tennis : j’envoie des balles et selon la façon dont le public me les renvoie, je réagis et j’ajuste. L’excitant est de trouver, chaque soir, le meilleur rythme. C’est passionnant de voir des gens, que je ne connais pas et qui ne se connaissent pas, rire des mêmes choses, quasiment au même moment, pendant une heure et demi. Les individus deviennent groupe. J’adore.

Dans « Loverbooké », on n’a pas l’impression d’assister à un stand-up. Il y a un vrai travail d’acteur dans la création des personnages.
C’est grâce à Eric De Staercke et à Olivier Lenel, son assistant, qui ont fait en sorte qu’il y ait une vraie évolution tout au long du spectacle. Le rapport avec le régisseur, avec les accessoires à ma disposition créent un univers plus complet. Avec le temps, je me détends : au début, je croyais que seul le jeu de mot était porteur ; j’ai appris à « être » en scène.

Vous avez parlé du rôle d’Eric De Staercke dans la construction de vos spectacles. Je suppose que son travail ne se limite pas à cela.
Il m’accompagne lors de chaque filage et, comme Olivier d’ailleurs, il revient régulièrement en représentation pour voir l’évolution du spectacle. Au départ, sans public, le spectacle durait 1h05. En public, avec les réactions et les applaudissements, il fait 1h20. Ils veillent donc à ce que le spectacle ne se dilue pas, qu’il conserve l’énergie qu’il avait lorsqu’il durait 1h05.

Et la scénographie ?
Nous y avons réfléchi à trois. Lorsque nous avons trouvé le fauteuil en forme de main sur Internet, nous avons craqué de commun accord. Il fallait aussi s’adapter à la largeur de la Salle des Voûtes et donner au fauteuil de la mobilité. Comme la main est hors-format, Eric a pensé qu’il devait en être de même pour tous les accessoires du spectacle. Cela donne aussi une dimension à la mégalomanie du personnage. Un décalage très british.

Vous tournez actuellement avec 3 spectacles : « Trac ! », « La Vie est un Destin animé » et « Loverbooké ». N’est-ce pas un challenge de passer de l’un à l’autre ?
J’adore. J’apprends beaucoup sur chaque spectacle en en jouant un autre. Il faut généralement un ou deux ans de tournée pour que je comprenne pourquoi j’ai créé chaque spectacle. Le recul enrichit. C’est grisant.

Vous faites pas mal de radio également.
Ça me ressource au niveau de l’écriture. J’y développe divers sujets qui, un jour, se retrouveront dans un de mes spectacles. La radio, c’est un lien avec le quotidien mais du domaine de l’intime. Le matin, j’entre dans les salles de bain, les chambres à coucher, les cuisines, les voitures. Le rapport est tellement intime que lorsque des auditeurs me rencontrent, ils me tutoient. Les spectateurs qui viennent me voir sur scène me vouvoient.  Plus que tout autre média, la radio suscite l’imaginaire.

Radiophoniquement, vous avez travaillé en France, vous travaillez régulièrement en Suisse, vous êtes sur nos antennes nationales. L’humour « à la Belge » est-il universel ?
Dans le métier, le Belge est humble. Le showbiz n’existe pas en Belgique, il faut convaincre le spectateur avec autre chose que sa tronche et sa personne. On travaille donc beaucoup le fond, on soigne le contenu. L’humilité peut aussi être source d’audace, de liberté, de prise de risque. Si on se trompe, ça n’aura pas une influence sur notre plan de carrière.  

Vous avez également publié un certain nombre d’ouvrages. Je suppose que l’écriture fait appel à une autre forme d’humour.
Dès mon plus jeune âge, j’ai été bercé par les bouquins. Prévert et Vian m’ont poussé à écrire. Les livres, c’est donc ce qu’il y a de plus fort. J’adore le cinéma et le théâtre, mais la lecture c’est le pied total, la porte ouverte sur l’imaginaire : cela me nourrit l’esprit en permanence. C’est aussi l’occasion de toucher un public différent, qui me « feuillette » et me découvre à son propre rythme. J’adore observer ou imaginer un lecteur en train de lire un de mes livres : le sourire naissant sur les lèvres, le temps nécessaire pour percevoir le jeu de mots, le faire résonner dans sa tête…

Vous avez même écrit pour les enfants.
J’ai été, pendant de nombreuses années, Monsieur Virgule dans l’émission « Ici Bla-Bla ». Rimant en permanence, j’espérais que les enfants prendraient plaisir à jouer, à leur tour, avec les sonorités des mots. Et ça marchait : certains parents me maudissaient (gentiment) parce que, à table, chacune de leurs phrases était ponctuée d’une rime par l’enfant. À l’école, l’apprentissage du langage est codifié, « grammairié » et la langue peut devenir pesante. Quel plaisir alors de pouvoir jouer avec les mots pour le seul plaisir des sons.

Mes livres pour enfants sont bien évidemment moins truffés de jeux de mots, mais ils restent présents au sein d’une vraie histoire. Comme je suis grand-père, je sais aussi pour qui j’écris. J’aime relier l’art au concret, au réel, au quotidien, à l’humain. J’adore rencontrer les gens pour dialoguer après le spectacle.

En 2005, vous avez été décoré « Chevalier de l’Ordre de la Couronne ». Est-ce important ?
C’est une reconnaissance… mais ça m’a plutôt fait rigoler. Je suis donc allé à la remise des décorations déguisé en chevalier du Moyen Age, avec un faux cheval et j’avais composé un petit texte en français moyenâgeux.

Dans les « cafés serrés » de la RTBF, l’humour est au cœur de l’actualité, souvent brûlante et morose, proposant, en présence d’invités sérieux, son regard décalé. Ce ne fut pas toujours le cas. Il y a vingt ans, nous étions des « comiques troupiers » casés entre deux chanteurs. Aujourd’hui, on nous demande partout ; nous sommes élevés au rang de chroniqueurs, d’éditorialistes ; Kroll et Plantu sont en page une ou deux du journal ; on n’imagine quasi plus un débat politique sans la touche d’un humoriste.

Il est donc normal que les humoristes se voient « couronnés »… comme les gens sérieux qu’ils croquent.  Mais ne nous prenons pas la tête ! J’ai par contre été très honoré d’avoir été nommé pour « Ma Terre happy ! » aux Prix du Théâtre. Une reconnaissance de la dimension théâtrale de mon travail. On n’est plus seulement un clown !

Terminons par un petit jeu « Allo ?... Ici… », que vous avez initié dans votre spectacle « Mes Singeries vocales ».

AllObama ?... i-CNN.
Allhopital ?... i-civière
Allomelette ?... i-six œufs mollets
Allocéan ?... i-sirène
Allorgasme ?... i-simule
All’automne ?... i-sylvestre
Allocomotive ?... ici gare du midi retard prévu de dix minutes
Alloctogone ?...i-sinusoïdal
Alloverval... i-simiothérapie

Propos recueillis par Roland Bekkers

VOIR EN CE MOMENT
Bruno Copppens sera sur les planches du Public avec son spectacle Bruno Coppens est Loverbooké jusqu'au 31 décembre.


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